Monday, September 11, 2006

J'ai besoin de le sortir...

Bon, j'écris ce texte ici parce que j'ai besoin de l'exprimer, j'ai besoin d'exorciser.
Ca n'a pas grand chose à faire avec la teneur habituelle du blog, mais tant pis (et MmeLaHautSurLaMontagne va apprécier).


Le sujet, c'est l'accouchement. Et plus précisément la naissance de PetitSim.
Les femmes enceintes peuvent s'abstenir de lire (il n'y a rien de gore, mais quand on est enceinte, la moindre virgule est importante ;)).

Commençons par le commencement, la naissance de Tintin.
Accouchement plutôt rapide, pas d'énormes douleurs, péri posée en fin de travail.
J'ai poussé comme une malade durant 45mn, c'était hard, j'ai eu des courbatures aux bras, mais je n'ai pas eu mal, à aucun moment. Ca ne m'a pas empêchée d'être shootée aux endorphines, d'accueillir Tintin comme un immense soulagement et surtout d'être complètement chavirée, bouleversée comme jamais, d'être submergée d'une immense bouffée d'amour et de bonheur infini du fait d'avoir donné naissance. Difficile à décrire, mais c'était complètement magique, irréel, j'étais transportée.

Pour PetitSim, j'avais décidé: pas de péridurale. Je veux sentir naître mon bébé, je veux ressentir ce besoin irrépressible de pousser, je veux faire les choses moi-même.
De toute manière, je suis arrivée à la clinique avec une dilatation à 5cm. Inutile d'essayer de s'endormir pour la partie la plus intéressante du film.

En vérité, j'avais un souvenir tellement fort de la naissance de Tintin, que j'ai complètement idéalisé la naissance de Petit Sim, anticipant sur l'immensité des sentiments qui allaient m'assaillir... donc je voulais que ça soit encore plus fort en mettant au monde cet enfant de la manière la plus belle à mes yeux, naturellement.

Tout s'est magnifiquement bien passé. J'ai relativement facilement géré les contractions, ça je sais faire et je m'étais préparée en conséquence.
Mais n'oublions pas, nous sommes en clinique, gygy a été réveillée à 3h00 du matin, elle n'allait pas laisser les choses s'éterniser, donc:
- "Vous êtes à dilatation complète, je vais percer la poche des eaux."
Moi je n'ai pas réagi... on est bizarre parfois devant le corps médical... malgré toutes mes convictions et bonnes résolutions.
Je voulais me mettre sur le côté, mais ça ne me convient pas pour gérer les contractions, je ne suis bien qu'allongée sur le dos, complètement affalée. (Normal, j'ai un chat couché sur le ventre ;) *)

Et tout à coup, alors que je me concentre sur mon histoire, gygy me dit: "On va pousser maintenant".
Moi, toujours bonne élève, je m'exécute, je pousse comme je sais bien le faire.
Tout de même, après la première poussée, je dis dans un instant de doute:
- "Mais je ne veux pas pousser, je n'en ressens pas le besoin!!!"
Ma gygy est douce et calme, mais là elle se moque de moi gentiment, la SF aussi... et pour cause, bébé est déjà engagé!!!

Et là, tout s'accélère, je pousse encore sur la contraction suivante, 1 poussée, 2 poussées, 3 poussées... je relâche.
Et on recommence... et je dis dans un souffle "Je vais crier..."
- "Pas de soucis, criez si vous le voulez."

Et là c'est le trou... un immense abîme rempli de mon cri, mon hurlement.
Je sais que je pousse par réflexe, je ne peux plus rien retenir, je hurle!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
Je crois que j'entends quand même gygy me dire d'arrêter de pousser... ou était-ce plus tard?

La SF est là, près de mon oreille et me dit: "Votre bébé est là, vous pouvez le toucher."

Oups, je reviens à moi, j'arrête la sirène, je me soulève un peu et je sens avec ma main gauche mon bébé tout visqueux qui est en train de naître. Mais je suis trop essoufflée pour le prendre moi-même.
La gygy me le pose sur le ventre, c'est un magnifique petit garçon.

J'ai la banane, la patate, je suis complètement shootée. Petit Sim tète très vite, il est très éveillé. C'est le grand bonheur.

Mais il y a un couac dans l'histoire malgré tout.
Oh rassurez-vous, tout le monde est en pleine santé. J'ai une petite déchirure, mais franchement rien.
Non, le couac vient de moi.
J'ai tellement idéalisé mes sentiments, je m'attendais à quelque chose de si fort que j'ai l'impression de ressentir peu de choses. Je ne suis pas autant émerveillée devant PetitSim que je l'avais été devant Tintin au premier regard... Bref, je revis un épisode que je connais déjà et forcément, c'est un peu moins magique.
Je ne ressens pas cette bouffée d'amour qui pourrait faire péter ma poitrine.
Je crois que je suis juste contente que le feu qui a brûlé mon vagin au 5ème degré se soit arrêté.

C'est la première fois que j'en parle, je culpabilise beaucoup.


Et ce que me reste de cet accouchement, c'est ce cri immense, qui remplit tous mes souvenirs. Et la douleur qui va avec.
Je n'ai rien réalisé, pas senti que bébé sortait, juste hurlé.
Quand j'ai accouché, j'avais une mycose vaginale... je crois que ça a bien contribué. Et la position (gynéco) n'était pas idéale, j'ai eu une déchirure.
Donc cette douleur est là à chaque fois que je me remémore les événements, chaque fois que je pense à ce petit crâne qui se fraye un passage en moi, j'ai mal.

Voilà ce que j'avais besoin de sortir.
Toute fière de mon accouchement sans péri, je n'ose pas avouer que j'ai ces souvenirs qui viennent ternir ce moment. Le cri, la douleur. La douleur, le cri. Ce manque de magie aussi.
J'ai l'impression que la douleur et cette espèce d'absence m'ont fait manquer quelque chose... que c'est à cause de cela que la magie, l'émerveillement, la grosse vague d'amour infini n'étaient pas au rendez-vous.
Et finalement, en poussant sans en ressentir le besoin, en n'ayant pas eu un accouchement 100% naturel, tout me paraît presque aussi artificiel que lorsque j'ai accouché sous péri... Mais ça, ce n'est pas très important... sauf cette douleur...
J'ai lu il y a peu une maman qui décrivait son accouchement à la maison et qui parlait du "cercle de feu" pour désigner cette douleur de l'expulsion. J'ai trouvé l'expression absolument parfaite pour décrire cela.



Oh rassurez-vous, je suis complètement gaga de petit Sim!
Mais est-ce qu'il ne ressent pas certaines choses, est-ce qu'il n'a pas perçu cette sorte de déception... qui pourraient expliquer parfois son comportement envers moi???
J'ai culpabilisé... certainement qu'il l'a senti.
Mon lien avec lui s'est-il construit de manière plus difficile? peut-être...
Et la première chose qu'il a entendue, c'est certainement sa mère hurler... bof, il y a mieux en ce bas-monde.
Je ne réussis pas à lui parler, à lui expliquer ce que j'ai ressenti... je ne peux pas dire à mon bébé que j'ai eu mal à en crever quand il est né...



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*) pour la petite histoire, pour préparer mon accouchement, j'ai fait de l'hypnose et appris la technique de l'auto-hypnose. Et comme en sophrologie, je crois, chacun a un déclencheur qui lui est propre, une pensée, une situation, qui lui permet de se plonger en état de "transe hypnotique". Pour moi, ce déclencheur était d'imaginer le poids, la chaleur, le ronronnement de mon chat sur mon ventre, ou mon torse, mes épaules.
Pendant le travail, Grand Ni me soufflait à l'oreille "pense au chat sur ton ventre", ça me faisait rire ;).

5 comments:

Amandine said...

C'est très émouvant de te lire MadameNi. Oui c'est vrai l'accouchement c'est brut, animal, et ça fait mal au point de ne plus être que dans cette animalité... Pour la naissance de mon aînée aussi j'ai eu une espèce de "trou noir" , je ne me souviens pas du tout de l'expulsion en elle-même... Je ne sais pas si cela peut avoir un retentissement sur les relations qu'on a avec son enfant. Je pense que la plupart des mamans crient, naturellement, au moment de la naissance, c'est un cri libérateur, et nécessaire...

MadameNi said...

Merci beaucoup pour ton commentaire.
Tu sais que pendant longtemps, j'ai même eu "honte" de ce cri...
Par rapport au bébé, c'est surtout l'impression que mes sentiments étaient moins forts (sur le moment) qui me fait culpabiliser.
Et l'éventuel retentissement sur les relations avec lui serait évidemment dû à cette culpabilité et au besoin (de ma part) de compenser ce moment de "flou" (et la difficulté de l'assumer!).

Mais merci encore, ton commentaire m'a fait beaucoup de bien!

Shalima said...

Hé bien, moi aussi je suis toute émue de te lire...

Pour ma part, j'ai toujours accouché sous péri, donc l'animalité était moindre, certainement, ce qui ne m'a pas empêché d'engueuler l'obstétricien lors de la naissance de Mamzelle !! C'est MrChéri qui m'a rappelé quelques temps après cette anecdote, que j'avais consciencieusement enfouie dans un recoin sombre de ma mémoire...

Tu as mis 18 mois pour écrire ce texte, et le communiquer, peut-être as-tu besoin d'un peu de temps encore avant d'arriver à en parler à PetitSim... mais tu le feras, un jour, j'en suis certaine, quand tu ne culpabiliseras plus (ou moins) de ressentir des sentiments différents pour tes enfants.

J'ai compris quand Petitou est né qu'on peut aimer ses enfants différemment tout en les aimant autant. C'est vrai que les tiens sont proches en âge, du même sexe, et qu'ils se ressemblent beaucoup, mais ils sont différents, les circonstances de leur arrivée aussi...

(Je ne suis pas sûre d'être très claire, car c'est un sujet qui me touche bcp, moi qui ai longtemps pensé que ma mère aimait plus mon frère, par exemple...)

Gros bisous de réconfort, tiens !

MadameNi said...

Shalima, ça me touche beaucoup aussi ce que tu m'écris.
Quand on a l'impression d'avoir une relation aussi forte et fusionnelle que ce que j'ai pu avoir avec Tintin, c'est vrai que l'on s'imagine la même chose pour un autre enfant, un autre petit garçon de surcroît.
Tu mets le doigt sur plein de choses justes.
La lecture du bouquin sur la jalousie entre frères et soeurs m'a pas mal fait réfléchir et m'a finalement "autorisée" à ressentir des choses différentes pour mes loupiots.
Oui, c'est humain et naturel d'aimer différemment, sans aimer moins!

Il faut aussi que j'accepte que les conditions de naissance étaient différentes et que chaque accouchement avait du beau et du plus difficile.

Ca me fait déjà beaucoup de bien d'avoir partagé tout cela.

Merci et bisous!!!

Maria said...

et..;bé moi je dis chapeau! Pour exprimer tout cella!
je pense qu'ont à toutes resentie quelque chose comme ce que racontes à un dégré plus ou moins grand, le cri comme dit amandine est liberateur,et comme dit Shalima ont peut aimer autant mais differement parce que eux sont differents et leur histoire aussi!
Bref..merci de ton partage, j'espère que toi, tu te sens un peu plus légère
pour moi tu est une très bonne maman et pour tes deux enfants!
un grô bisou! madameni